Mon envie d’apprendre à coudre n’est pas née à 40 ans. Elle remonte bien plus loin, à la naissance de mon fils.
À l’époque, je cherchais des vêtements pour lui et je ne trouvais pas toujours ce que j’avais en tête. Et puis il y avait cette fameuse mode du slim… Disons que ça ne correspondait pas franchement à ce que j’avais envie de lui mettre. Je me souviens m’être dit que ce serait quand même génial de savoir créer moi-même certains vêtements.
L’idée était là.
Le temps, beaucoup moins.
Alors comme beaucoup d’envies que l’on garde pour « plus tard », la couture est restée dans un coin de ma tête pendant des années.
Jusqu’à ce que ma plus jeune fille, à 6 ans, me demande une machine à coudre.
Et là, tout est revenu.
Ma fille a réveillé une envie que j’avais mise de côté
Quand ma fille m’a demandé une machine à coudre pour son cadeau, mon premier réflexe n’a pas été de courir en acheter une.
Je me suis surtout demandé comment elle allait apprendre à s’en servir.
À 6 ans, évidemment, pas question de lui poser une machine devant elle avec un mode d’emploi en lui souhaitant bonne chance. Je me suis donc dit que je pourrais lui offrir des cours avec la machine.
Parce que moi, justement, je n’avais pas le temps d’apprendre.
Entre-temps, comme savent très bien le faire les enfants, elle a décidé de reporter cette idée de cadeau. La machine attendrait.
Mais son envie de couture, elle, n’a pas disparu.
Et surtout, sa demande avait réveillé la mienne.
Cette vieille idée née lorsque son frère était bébé était de nouveau là : comprendre comment on construit un vêtement, pouvoir choisir un tissu, imaginer quelque chose et réussir un jour à le fabriquer de mes propres mains.
La couture venait de ressortir de la catégorie « un jour peut-être ».
Puis une section couture s’est ouverte dans mon entreprise
Le hasard a plutôt bien fait les choses.
Mon entreprise a créé une section associative de couture.
D’un seul coup, je n’avais plus besoin de chercher où apprendre, de comparer des cours ou de me demander comment commencer seule.
L’occasion était là.
Cette fois, je l’ai prise.
J’ai donc commencé à apprendre à coudre à 40 ans, mais cet âge est finalement presque anecdotique dans mon histoire. Je n’ai pas attendu mes 40 ans parce que je pensais qu’il fallait atteindre un certain moment de sa vie pour se lancer.
J’avais simplement repoussé cette envie pendant longtemps.
Et les circonstances se sont enfin alignées.
J’ai commencé avec la Singer 354 de ma mère
Pour apprendre, ma mère m’a offert sa Singer 354.
Et ça, ça m’a vraiment touchée.
Je l’ai fait vérifier avant de commencer à l’utiliser, histoire de partir avec une machine en bon état. Quand on ne sait déjà pas très bien ce que l’on fait, autant éviter de se demander à chaque problème si ça vient de soi ou de la machine.
Mais au-delà de l’aspect pratique, j’aime énormément commencer avec celle-ci.
Elle appartenait à ma mère. Aujourd’hui, c’est moi qui apprends dessus.
Et je sais que ça lui fait plaisir aussi. Elle me dit encore à quel point elle est contente de me voir réellement m’en servir.
Une machine qui dormait chez elle reprend du service chez moi, au moment même où mes propres enfants commencent à s’intéresser à la couture.
Je ne pouvais pas vraiment prévoir meilleure machine pour débuter.
Redevenir débutante à 40 ans, c’est un sacré challenge
C’est probablement la partie que j’avais le moins anticipée.
Redevenir complètement débutante quand on est adulte, ça fait drôle.
Par moments, j’ai presque l’impression de retourner à l’école.
Tu regardes quelqu’un faire un geste qui paraît simple. Tu écoutes. Tu penses avoir compris.
Puis tu te retrouves devant ta machine.
Et là…
Pas tout à fait.
Je trouve parfois difficile de me sentir aussi peu compétente dans quelque chose, d’autant que je ne me retrouve pas vraiment entourée uniquement de personnes qui débutent comme moi.
Quand certaines savent déjà faire naturellement ce que tu es encore en train d’essayer de comprendre, la comparaison arrive vite.
Et comme je suis perfectionniste, j’aimerais évidemment comprendre tout de suite et obtenir quelque chose de propre.
Sauf que pour le moment, ça ne fonctionne pas toujours comme ça.
J’apprends donc aussi à accepter de ne pas savoir.
Et pourtant, j’adore ça
Parce que derrière le challenge, il y a tout ce qui m’attirait vers la couture depuis le départ.
Créer.
Choisir.
Imaginer quelque chose et essayer de le fabriquer.
Ce côté créatif me plaît énormément.
J’aime aussi voir qu’un geste complètement obscur quelques semaines plus tôt commence peu à peu à devenir plus naturel. Une question disparaît, puis une autre arrive.
Et même si j’ai parfois l’impression de ne pas avancer assez vite, les progrès viennent finalement assez rapidement.
Il y a quelque chose de très satisfaisant dans le fait de réussir un geste que l’on ne savait absolument pas faire avant, même si, vu de l’extérieur, il s’agit simplement d’une couture droite.
Une heure de cours le lundi… et le dimanche quand je peux
Mon cours dure une heure, le lundi.
Ce n’est évidemment pas énorme pour pratiquer.
Alors j’essaie de me réserver aussi un moment le dimanche. Pas forcément des heures. Parfois juste le temps de reprendre quelque chose vu en cours, de refaire un geste ou d’avancer un peu.
Je sens bien que j’en ai besoin.
Parce qu’en couture, comprendre une explication ne suffit pas toujours.
Il faut pratiquer, se tromper, recommencer.
Et parfois découvrir que ce qui semblait parfaitement logique le lundi l’est beaucoup moins une fois seule devant la machine.
Je n’ai pas autant de temps que je le voudrais entre deux cours.
Alors j’essaie surtout d’être régulière.
Même un peu.
Mon objectif n’est pas la perfection
Sur le papier, ça paraît évident.
Dans ma tête de perfectionniste, parfois un peu moins.
Je dois régulièrement me rappeler que je suis en apprentissage et que je ne peux pas comparer mes quelques heures de pratique avec quelqu’un qui coud depuis des années.
Pour le moment, mon objectif reste simple : comprendre les bases. Faire une canette, enfiler correctement ma machine, guider le tissu, coudre droit et commencer à comprendre ce qui se passe quand quelque chose ne fonctionne pas.
Même une aiguille qui semble décalée sur une machine à coudre peut devenir tout un sujet quand on débute.
Alors j’avance une difficulté après l’autre, en essayant surtout de ne pas transformer quelque chose que j’adore en nouvelle source de pression.
Maintenant, mes enfants attendent leur tour
Ma fille est ravie que je me sois lancée.
Elle veut toujours apprendre à coudre et nous avons déjà prévu un projet ensemble.
Et maintenant, mon fils veut apprendre lui aussi.

Je trouve la boucle assez jolie : c’est à sa naissance que j’ai eu envie de savoir créer des vêtements, sa petite sœur a réveillé cette envie des années plus tard, et aujourd’hui ils veulent tous les deux que je leur apprenne.
Peut-être qu’un jour ils s’installeront à leur tour devant cette Singer.
Avant ça, il va quand même falloir que leur mère progresse encore un peu.
Mon carnet couture commence ici
Voilà donc comment je me suis retrouvée à apprendre à coudre à 40 ans.
Pas à cause de mes 40 ans.
Simplement parce qu’une envie ancienne a refait surface au bon moment et que, pour une fois, j’ai décidé de ne pas la remettre à plus tard.
Je vais raconter la suite dans mon carnet couture : mes cours, les gestes que j’apprends, les moments où je bloque, les petites victoires, les projets et probablement quelques séances de découd-vite dont je me serais volontiers passée.
Il y aura aussi ce projet avec ma fille.
Et, qui sait, les premiers essais de mon fils.
Pour le moment, je reste celle qui apprend.
Et finalement, c’est exactement là que j’ai envie d’être.